COOL HEAD — PLAIN JANE

Cool Head est probablement l'un des projets les plus personnels que j'ai réalisés avec Plain Jane.

Cela faisait déjà plusieurs années que je travaillais sur la direction artistique du groupe lorsque Julie m'a parlé de ce morceau. Cool Head raconte le deuil, l'absence, la difficulté de continuer à avancer lorsque tout a basculé.
Il a été écrit après la disparition de Raphaël Pire, batteur de Plain Jane et compagnon de Julie.

Raf était aussi mon meilleur ami.

Il était donc difficile d'aborder ces images comme une simple commande ou un exercice de direction artistique. La douleur dont parle Julie est la sienne, mais son absence faisait également partie de ma vie.

Nous sommes partis à la mer du Nord un soir de février. J'aime profondément cet endroit et il m’appelle inlassablement. Nous avons attendu l'entre chien et loup, avec très peu de lumière, un froid glacial et énormément de vent.

Et, pour une fois, ces conditions difficiles n'étaient pas quelque chose contre lequel je voulais lutter.

Je ne voulais pas demander à Julie de jouer la détresse. Je voulais qu’on la ressente sur les images: le froid, l'inconfort, le vent, la fatigue, cette envie que tout s'arrête. Qu'à un moment elle ait presque envie de me supplier de ranger l'appareil et de rentrer. Comme on peut supplier intérieurement pour que la douleur s'arrête.

Pour le styling, j'avais apporté des vêtements volontairement austères : pantalon noir, chemisier noir et un grand chapeau noir. Une silhouette sombre, presque entièrement absorbée par le paysage, mais avec malgré tout une certaine élégance. Parce que Julie a ça en elle, qu'elle le veuille ou non.

Nous avons réalisé la série en argentique, en photo et en vidéo. À mesure que la lumière disparaissait, les images devenaient plus incertaines, plus granuleuses, parfois floues. Je n'ai pas cherché à corriger cela. Au contraire, ces accidents et cette matière faisaient partie de ce que je voulais raconter.

Sur certaines images, Julie est presque avalée par le paysage. Sur d'autres, le vent efface son visage ou le mouvement empêche de vraiment la saisir. Elle est là, mais quelque chose semble constamment nous échapper.

Ce n'était pas le shooting le plus facile que j'aie réalisé.

Mais probablement l'un de ceux pour lesquels il m'était le plus difficile de faire autrement.